Épargne Halal

Bitcoin et crypto : halal ou haram ? Un vrai désaccord entre savants

Il n'existe pas de consensus sur les crypto-actifs — c'est l'un des rares sujets où des instances officielles ont rendu des avis explicitement opposés à des analyses d'autres savants contemporains. Côté interdiction : Dar al-Ifta d'Égypte (institution liée à al-Azhar) a prohibé en décembre 2017 l'achat, la vente et l'usage des cryptomonnaies, au motif de l'incertitude sur leur valeur (gharar), de fluctuations assimilées au jeu et de l'absence d'autorité monétaire émettrice. Côté permission : d'autres analyses contemporaines les qualifient de biens (mal) échangeables dont la détention et l'échange au comptant relèvent du commerce. Un point fait en revanche converger les analyses : le trading de crypto à levier et le lending rémunéré réintroduisent maysir et riba. Nous rapportons cet état des positions sans trancher ni délivrer de fatwa.

Le camp de l'interdiction : les arguments rendus publics

La fatwa égyptienne de décembre 2017 (grand mufti Shawky Allam) est la plus documentée que nous ayons pu consulter — via une analyse académique qui en cite les attendus. Quatre arguments : l'incertitude sur la valeur et l'origine du jeton, rattachée au gharar ; des fluctuations « plus proches du jeu », la valeur dépendant d'humeurs de marché plutôt que d'un actif productif ; l'absence d'autorité monétaire — pour cette fatwa, battre monnaie est la prérogative de l'État ; et les risques de piratage des plateformes et portefeuilles. La présidence des affaires religieuses turque (Diyanet) a publié fin 2017 une position défavorable « en l'état », selon les comptes rendus consultés — nous n'avons pas pu vérifier le texte original.

Le camp de la permission : le raisonnement du « bien échangeable »

Les analyses permissives — nombreuses dans la finance islamique anglophone, sans qu'une instance de premier plan ne les ait, à notre connaissance, érigées en position officielle — raisonnent en trois temps : une chose qui a une valeur d'échange reconnue et se possède réellement peut être qualifiée de mal (bien) ; l'échanger au comptant relève alors du commerce — objet, prix et livraison déterminés au moment de l'échange, donc pas de gharar contractuel ; et la détention ne produit aucun intérêt — pas de riba dans le simple fait de détenir. La volatilité est traitée comme un risque de marché, comparable à celui des matières premières.

L'analogie en finance classique : le débat ressemble à celui sur l'or et les matières premières — un actif sans flux de revenus, valorisé uniquement par l'offre et la demande. Ceux qui l'admettent y voient une réserve de valeur échangeable ; ceux qui l'écartent, une spéculation sans sous-jacent productif. La ligne de partage est la même dans les deux grilles de lecture.

Ce qui fait converger les analyses : les usages qui aggravent le statut

Même les analyses qui admettent la détention excluent généralement trois usages : le levier et les futures perpétuels (financement rémunéré + pari sur différentiel — voir notre page effet de levier) ; le « lending » — prêter ses jetons contre un taux, le parallèle avec un dépôt à intérêt étant direct (riba) ; et le « staking » commercial à taux garanti des plateformes, dont le statut dépend du mécanisme réel — notre page dédiée au staking distingue les cas. À titre d'éclairage : l'ESMA a plafonné le levier des CFD crypto à 2:1 pour les particuliers — le plus strict de sa grille 2018.

Questions fréquentes

Le bitcoin a-t-il été déclaré haram ?

Par certaines instances, oui ; pas par toutes. Dar al-Ifta d'Égypte (institution liée à al-Azhar) a interdit en décembre 2017, par la voix du grand mufti Shawky Allam, l'achat, la vente et l'usage des cryptomonnaies — arguments : incertitude sur la valeur (gharar), fluctuations assimilées au jeu, absence d'autorité monétaire émettrice, risques de piratage. La présidence des affaires religieuses turque (Diyanet) a publié fin 2017 une position défavorable « en l'état », selon les comptes rendus que nous avons consultés (texte original non vérifié). À l'inverse, d'autres analyses contemporaines, notamment dans l'écosystème de la finance islamique anglophone, qualifient le bitcoin de bien (mal) échangeable et admettent sa détention. C'est un vrai désaccord, que nous rapportons sans trancher.

Quels sont les arguments de ceux qui l'admettent ?

Les analyses permissives que nous avons constatées raisonnent ainsi : une chose qui a une valeur d'échange reconnue, qui se possède et se transfère réellement, peut être qualifiée de bien (mal) — et l'échanger au comptant relève alors du commerce, pas du riba (aucun intérêt n'est versé pour la simple détention de bitcoin). La volatilité, répondent-elles, est un risque de marché comme en connaissent les matières premières, pas un gharar contractuel : au moment de l'achat, l'objet, le prix et la livraison sont déterminés. Ces analyses excluent généralement les usages à levier et le lending, qui réintroduisent maysir et riba. Nous présentons ce raisonnement comme une position parmi d'autres, sans le faire nôtre.

Le trading de crypto à levier change-t-il l'analyse ?

Oui, et dans un sens défavorable qui fait, lui, l'objet d'une convergence dans les analyses publiées : les futures perpétuels, CFD crypto et positions à levier cumulent un financement rémunéré (la question du riba) et un pari sur différentiel sans détention de l'actif (gharar et maysir) — les mêmes objections que pour les CFD classiques, aggravées par la volatilité. À titre d'éclairage factuel : le régulateur européen a plafonné le levier des CFD sur cryptomonnaies à 2:1 pour les particuliers, le plancher le plus strict de sa grille (ESMA, 2018) — signe que même en lecture purement prudentielle, c'est le sous-jacent jugé le plus dangereux.

Les stablecoins sont-ils dans le même cas ?

En partie seulement. Un stablecoin adossé à une monnaie (1 jeton ≈ 1 dollar ou 1 euro) n'a pas la volatilité reprochée au bitcoin : les analyses couramment rapportées l'assimilent à une créance ou à une liquidité numérique, et l'échanger au comptant pose peu de questions spécifiques. En revanche, deux points restent discutés : la qualité réelle des réserves de l'émetteur (une incertitude qui peut relever du gharar selon les analyses), et surtout l'usage qui en est fait — les stablecoins servent massivement au lending rémunéré, qui pose directement la question du riba. Le statut du support ne purifie pas l'usage.

J'en détiens déjà : dois-je payer la zakat dessus ?

Selon les positions contemporaines couramment rapportées, oui : la plupart des savants qui admettent la détention de crypto-actifs les traitent comme des valeurs monétaires, zakatables à 2,5 % de leur contre-valeur en euros au jour de votre hawl (année lunaire révolue), dès lors que votre patrimoine zakatable total dépasse le nisab. Ceux qui jugent la détention illicite renvoient plutôt à s'en défaire — la question de la zakat ne se posant alors plus de la même façon. Notre page dédiée explique comment gérer la volatilité et fixer sa date de calcul, et notre calculateur fait l'addition avec le reste de votre patrimoine.

Vous détenez des crypto-actifs ? Calculez votre zakat (2,5 % de la valeur au jour du hawl) — méthode détaillée sur zakat sur la crypto.

Pour une exposition aux marchés avec un cadre de screening publié : notre comparatif des ETF halal disponibles en France.

Sources de cette page

Le camp permissif est présenté sans nommer de savant individuel : nous n'avons pas consulté leurs textes directement. Registre complet : /sources/.