Épargne Halal

Riba : définition, les deux types, et où on le croise en France

Le riba (رِبا, littéralement « accroissement ») désigne, dans la jurisprudence islamique, tout surplus stipulé sans contrepartie légitime : d'abord l'intérêt exigé sur un prêt d'argent (riba al-nasi'a, le riba « du délai »), ensuite l'excédent dans l'échange direct de certains biens de même nature (riba al-fadl, le riba « de l'excédent »). Sa prohibition fait l'objet d'un consensus des écoles juridiques sunnites ; les divergences contemporaines portent sur la qualification de cas particuliers, pas sur le principe. Concrètement, pour un résident français, le riba se croise à quatre endroits du quotidien bancaire : le livret rémunéré, le découvert, le crédit à la consommation et — selon les analyses — certains programmes de cashback. Cette page explique chaque cas, puis ce que font les personnes concernées des intérêts déjà perçus.

Les deux types de riba

1. Riba al-nasi'a (riba du délai) — c'est le riba du prêt : une somme prêtée aujourd'hui contre une somme supérieure remboursée plus tard, le surplus étant la rémunération du temps. C'est la forme visée par les versets coraniques sur le riba, et celle qui correspond à l'intérêt bancaire moderne : selon la majorité des savants, tout prêt d'argent dont le remboursement stipulé excède le capital en relève — quel que soit le taux.

2. Riba al-fadl (riba de l'excédent) — c'est le riba de l'échange : troquer des biens de même nature en quantités inégales (de l'or contre plus d'or, des dattes contre plus de dattes). Les juristes le fondent sur le hadith dit « des six biens » (or, argent, blé, orge, dattes, sel), rapporté notamment dans le recueil de Muslim ; les écoles divergent sur l'extension de la liste à d'autres biens — par analogie sur la valeur monétaire ou sur le caractère stockable selon les écoles. Pour l'épargnant moderne, ce type explique par exemple les règles strictes d'échange au comptant exigées sur l'or et les devises.

Une analogie avec la finance classique aide à situer la logique : le droit français encadre l'intérêt (taux d'usure, TAEG obligatoire), la jurisprudence islamique en conteste le principe même pour le prêt d'argent. C'est pourquoi la finance islamique ne « prête » pas : elle vend à tempérament avec marge connue (mourabaha), loue (ijara) ou s'associe aux profits et pertes (moucharaka) — voir les principes d'ensemble.

Quatre cas pratiques français

1. Le Livret A (et LDDS, LEP)

Un intérêt garanti par l'État — 1,5 %/an depuis le 1 février 2026 (taux officiel vérifié le 10 juin 2026) — versé sur un dépôt : c'est le cas d'école du riba al-nasi'a selon l'avis très majoritaire des savants contemporains. Positions détaillées, purification et alternatives réelles : notre page Livret A et épargne halal.

2. Le découvert bancaire

Un compte à découvert est un crédit que la banque vous consent : les agios facturés sont des intérêts débiteurs, calculés au prorata du montant et de la durée du découvert. La logique est symétrique au livret — cette fois c'est vous qui payez le surplus. Selon la même analyse majoritaire, payer des intérêts est également concerné par la prohibition ; les savants distinguent toutefois classiquement la situation choisie de la situation subie ou contrainte — appréciation au cas par cas qui ne nous revient pas.

3. Le cashback de carte bancaire

Cas moins tranché. Les analyses publiées distinguent en général la remise commerciale — versée par le commerçant ou financée par les commissions de paiement, souvent présentée comme une simple réduction de prix — de la rémunération du solde ou d'un crédit versée par la banque, que certaines analyses rapprochent de l'intérêt. La qualification dépend donc du mécanisme exact de votre programme : qui paie, et à quel titre. Nous ne tranchons pas ce cas.

4. Le crédit à la consommation

Crédit affecté, prêt personnel, crédit renouvelable : le TAEG y rémunère le prêteur pour le temps — riba al-nasi'a dans l'analyse majoritaire. Le paiement en « 3 ou 4 fois sans frais » est traité différemment dans les analyses publiées lorsque le prix payé est strictement identique au comptant : l'échelonnement sans surplus n'est pas un intérêt. Attention aux frais de dossier ou pénalités qui réintroduisent un surcoût — à examiner ligne par ligne.

Et les intérêts déjà perçus ? La purification

Si des intérêts ont déjà été crédités (livret, compte rémunéré), la pratique la plus couramment rapportée — c'est ce que proposent les ONG caritatives musulmanes en France — est de les donner intégralement à des œuvres caritatives, sans en attendre de récompense spirituelle : il s'agit de se défaire d'un gain considéré comme illicite, pas d'une sadaqa. Mode d'emploi détaillé (identifier le montant, l'ordre purification puis zakat) : notre page Livret A et épargne halal. Pour calculer ensuite la zakat sur le capital restant : le calculateur de zakat — pas à pas, 100 % dans votre navigateur.

Pour aller plus loin

Le riba est le premier des interdits structurants de la finance islamique, mais pas le seul : l'incertitude excessive (gharar) et le jeu de hasard (maysir) complètent le triptyque — vue d'ensemble des 5 principes.

Questions fréquentes

C'est quoi le riba, en une phrase ?

Dans la jurisprudence islamique, le riba désigne tout surplus stipulé sans contrepartie légitime — typiquement l'intérêt exigé sur un prêt d'argent (riba al-nasi'a), mais aussi l'excédent dans l'échange direct de certains biens de même nature (riba al-fadl). Selon la position unanime des écoles juridiques sunnites, le riba est prohibé ; les divergences portent sur la qualification de cas modernes particuliers, pas sur le principe.

Riba et taux d'usure français, est-ce la même chose ?

Non. Le droit français plafonne le taux d'intérêt (taux d'usure) mais autorise l'intérêt en dessous de ce plafond. La prohibition du riba telle que présentée par les écoles juridiques musulmanes ne porte pas sur le niveau du taux : un intérêt même faible stipulé dans un prêt relève du riba selon la majorité des savants. Les deux notions ne se recouvrent donc pas — l'une régule le prix du crédit, l'autre conteste son principe.

Les intérêts du Livret A sont-ils du riba ?

Le Livret A verse un intérêt garanti sur un dépôt. Selon l'avis très majoritaire des savants et instances contemporains constaté dans nos recherches, ce mécanisme — une rémunération fixée d'avance sur de l'argent prêté à la banque — relève du riba. Nous rapportons cet état des positions sans le trancher nous-mêmes. Notre page dédiée détaille les positions et les alternatives concrètes.

Que faire des intérêts déjà perçus sur un compte ou un livret ?

La pratique la plus couramment rapportée — notamment par les ONG caritatives musulmanes qui collectent ces sommes en France — est la « purification » : donner les intérêts à des œuvres caritatives sans en attendre de récompense spirituelle, car il s'agit de se défaire d'un gain considéré comme illicite, pas d'une aumône. Cette somme ne se confond pas avec la zakat, qui reste due à 2,5 % sur le capital licite au-delà du nisab.

Le cashback de ma carte bancaire est-il concerné ?

Les analyses publiées sur ce sujet distinguent généralement deux situations : une remise commerciale versée par le commerçant ou financée par les commissions de paiement (souvent présentée comme une réduction de prix), et une rémunération versée par la banque à raison du solde déposé ou d'un crédit (rapprochée de l'intérêt par certaines analyses). La qualification dépend donc de qui paie et à quel titre — les conditions de chaque programme diffèrent. Nous ne tranchons pas : vérifiez le mécanisme exact de votre carte et rapprochez-vous d'un savant qualifié.

Sources de cette page

  • https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/actualites/A18000 — taux du Livret A au 01/02/2026, consulté le 10 juin 2026
  • Distinction riba al-nasi'a / riba al-fadl et hadith des six biens : classification classique commune aux écoles juridiques sunnites, rapportée ici à titre descriptif — sans interprétation propre.

Registre complet et daté : /sources/