Investir en bourse halal : les 3 filtres, expliqués simplement
Acheter une action, c'est devenir copropriétaire d'une entreprise — pas prêter à intérêts. La majorité des savants contemporains considère donc l'investissement en actions comme possible, à trois conditions cumulatives : une activité licite (filtre sectoriel), des ratios financiers sous des seuils — la méthodologie AAOIFI retient dettes à intérêt < 30 %, placements rémunérés < 30 % et revenus non conformes < 5 % — et la purification de la part résiduelle de revenus illicites. C'est exactement ce que font les indices « islamiques » (MSCI Islamic, Dow Jones Islamic Market, S&P Shariah) que répliquent les ETF dits halal. Ce guide vulgarise chaque filtre, puis montre les deux chemins concrets pour un épargnant français : actions en direct ou ETF screené. Nous rapportons les positions sans trancher.
Les 3 filtres du screening, en tableau
Analogie finance classique : c'est le même mécanisme qu'un filtre ESG — on part de l'univers boursier complet et on exclut par critères. La différence est que les critères portent sur l'intérêt et les secteurs prohibés, avec des seuils chiffrés publiés. Les seuils ci-dessous sont ceux de la méthodologie AAOIFI (l'organisme de normalisation de la finance islamique, notre fiche) ; les fournisseurs d'indices appliquent des variantes proches.
| Filtre | La question posée | Seuil (méthodologie AAOIFI) | Exemple concret |
|---|---|---|---|
| 1. Sectoriel | L'activité principale de l'entreprise est-elle licite ? | Exclusion (pas de seuil) : banque conventionnelle, assurance classique, alcool, jeux d'argent, etc. | Une banque de détail française est exclue d'office, quel que soit son bilan : son cœur de métier est le crédit à intérêts. |
| 2. Ratios financiers | L'entreprise licite vit-elle trop de l'intérêt ? | Dettes portant intérêt < 30 % ; placements rémunérés < 30 % ; revenus non conformes < 5 % du total | Un industriel très endetté auprès des banques peut être exclu alors que son produit est licite — c'est le financement qui disqualifie. |
| 3. Purification | Que faire des revenus illicites résiduels tolérés ? | La part < 5 % tolérée doit être purifiée (donnée), pas conservée | Si 2 % des revenus d'une entreprise viennent d'intérêts bancaires, 2 % du dividende perçu sont à donner — arithmétique pédagogique, pas une donnée de marché. |
Pourquoi tolérer 5 % au lieu d'exiger 0 % ? Lecture couramment rapportée : dans une économie où le système bancaire est omniprésent, exiger zéro revenu d'intérêts exclurait quasiment toutes les entreprises cotées ; le seuil de tolérance rend l'investissement praticable, à condition de purifier le résidu.
Deux chemins concrets pour un épargnant français
Chemin A — Les actions en direct : vous êtes le comité de screening
Vous choisissez chaque entreprise et vérifiez vous-même les trois filtres : lire l'activité (rapport annuel), calculer les ratios (dettes portant intérêt / capitalisation ou actifs, selon la variante), estimer la part de revenus non conformes. Ce travail est à refaire régulièrement : une entreprise conforme une année peut s'endetter l'année suivante. C'est le chemin le plus exigeant — il offre en contrepartie le contrôle total des lignes, et c'est le seul compatible en théorie avec un PEA (actions UE/EEE uniquement, article L221-31 du Code monétaire et financier).
Chemin B — Les ETF islamiques : le filtre est délégué à l'indice
Un ETF islamique réplique un indice déjà screené par son fournisseur (MSCI, Dow Jones, S&P…), avec révision périodique des constituants. Coût de cette délégation : des frais annuels (TER) de 0,3 % à 0,75 % sur les 10 ETF de notre panel — contre 0 € de frais de gestion en direct, mais des heures d'analyse. Limite à connaître : aucun de ces ETF n'est éligible au PEA à notre connaissance (domiciliation irlandaise, indices monde/US), donc compte-titres ordinaire obligatoire. Pour filtrer par émetteur, TER et indice : notre screener ETF halal. Pour le comparatif rédigé (réplication, encours, cotations) : notre page ETF halal.
Dans les deux cas, il reste une étape que personne ne fait à votre place : la purification des revenus résiduels. Et avant d'acheter quoi que ce soit, il faut un compte-titres : nos critères pour choisir un courtier (sans recommandation nominative).
Ce qui reste débattu — honnêtement
Les seuils eux-mêmes (pourquoi 30 % et pas 25 % ?) sont des conventions d'ijtihad contemporain, pas des chiffres tirés des textes — les méthodologies divergent d'ailleurs entre fournisseurs d'indices. Des avis plus stricts refusent le principe même du seuil de tolérance ; d'autres débattent de la base de calcul des ratios (capitalisation boursière vs total des actifs). Enfin, la question du trading intraday et de la détention très courte fait l'objet de positions divergentes rattachées au maysir. Nous présentons ces débats sans les arbitrer : pour votre situation, rapprochez-vous d'un savant qualifié.
Questions fréquentes
Investir en bourse est-il halal ou haram ?
Acheter une action, c'est devenir copropriétaire d'une entreprise — pas prêter à intérêts. Sur ce fondement, la majorité des savants contemporains considère l'investissement en actions comme permis, à condition de filtrer : activité de l'entreprise licite, ratios financiers sous certains seuils (la méthodologie AAOIFI retient notamment dettes à intérêt < 30 % et revenus non conformes < 5 %), et purification de la part résiduelle de revenus illicites. Des avis plus stricts existent. Nous rapportons ces positions sans trancher : ce site ne délivre aucune fatwa.
Actions en direct ou ETF islamique : que choisir quand on débute ?
Les deux approches appliquent le même type de screening, mais pas au même endroit. En direct, c'est vous qui vérifiez chaque entreprise (secteur, ratios, purification) — un travail réel à refaire régulièrement, car une entreprise conforme peut cesser de l'être. Avec un ETF islamique, le filtre est appliqué par le fournisseur d'indice (MSCI Islamic, Dow Jones Islamic Market, S&P Shariah) et revu périodiquement, contre des frais annuels de 0,3 % à 0,75 % sur les ETF de notre panel. Nous comparons les deux démarches sans recommander l'une ou l'autre.
Peut-on investir halal dans un PEA ?
Pour les ETF islamiques, non, à notre connaissance : l'éligibilité PEA exige des fonds investis à plus de 75 % en actions de sociétés ayant leur siège dans l'UE ou l'EEE (article L221-31 du Code monétaire et financier), or les ETF islamiques disponibles sont domiciliés en Irlande et répliquent des indices mondiaux ou américains. Aucun des 10 ETF de notre panel n'est éligible. Reste le PEA garni d'actions européennes individuelles passées au screening — possible en théorie, mais c'est à vous de faire et refaire le filtrage.
Faut-il purifier les dividendes même avec un ETF « islamique » ?
Selon la pratique couramment rapportée, oui : le screening tolère jusqu'à 5 % de revenus non conformes (méthodologie AAOIFI), et cette part résiduelle est à purifier — c'est-à-dire à donner, sans en attendre de récompense. Certains gérants publient un ratio de purification par part ; au 10 juin 2026, aucun des 10 ETF de notre panel ne le publie, ce qui oblige à une estimation prudente. Notre guide dédié à la purification du portefeuille détaille les méthodes rapportées.
Le trading court terme, les CFD et le levier sont-ils concernés par les mêmes règles ?
Non, ils posent des questions supplémentaires. Au-delà du screening des titres, les analyses couramment rapportées rattachent les produits à fort effet de levier et les paris sur les variations de cours (CFD, options binaires) au gharar (incertitude excessive) et au maysir (spéculation assimilable au jeu) — et le financement du levier passe par des intérêts. Côté réglementation française, l'AMF a interdit dès 2017 la publicité électronique pour ces produits auprès des particuliers (loi Sapin 2), signe de leur dangerosité indépendamment de toute lecture religieuse. Positions rapportées, sans verdict de notre part.
Le comparatif complet des ETF screenés (ISIN, TER, réplication, cotations) : notre page ETF halal.
Filtrer les 10 ETF du panel par émetteur, frais et indice : le screener ETF halal.
Sources de cette page
- Shari'ah Screening in the Islamic Capital Markets (présentation du secrétaire général de l'AAOIFI) — seuils 30 % / 30 % / 5 % + purification, consulté le 11 juin 2026
- Article L221-31 du Code monétaire et financier (Légifrance) — règle des 75 % d'actions UE/EEE pour l'éligibilité PEA, consulté le 11 juin 2026
- AMF — interdiction de la publicité pour options binaires, Forex et certains CFD (loi Sapin 2) — consulté le 11 juin 2026
Les TER cités viennent de data/etf_halal.json (sources justETF par ISIN, registre complet sur /sources/).