Qard hassan : le prêt gratuit, sans le moindre surplus
Le qard hassan (littéralement « beau prêt » ou prêt gracieux) est un prêt sans aucune contrepartie : l'emprunteur rembourse exactement la somme reçue, ni plus ni moins. Tout surplus stipulé d'avance — intérêt, commission proportionnelle, cadeau obligatoire — ferait basculer le contrat dans le riba. C'est le seul « prêt d'argent » au sens strict que la finance islamique connaisse : tous les autres montages (mourabaha, ijara, mousharaka…) sont des ventes, des locations ou des associations, pas des prêts. L'expression vient du Coran, où « prêter à Dieu un beau prêt » est présenté comme un acte récompensé (notamment au verset 2:245) — référence que nous rapportons comme texte, sans en tirer d'avis.
Le schéma des flux — volontairement le plus simple de tous
- Le prêteur remet une somme à l'emprunteur — par entraide, pas pour un rendement.
- Les modalités de remboursement sont convenues : échéance unique ou échéancier, idéalement par écrit.
- L'emprunteur rembourse le montant exact reçu. Un geste volontaire et non stipulé de sa part (rendre un peu plus, remercier) est généralement rapporté comme admis ; tout surplus exigé ou convenu d'avance ne l'est pas.
Exemple chiffré (hypothèses neutres)
Supposons que vous prêtiez 10 000 € à un proche pour l'achat d'un véhicule, remboursables en 20 mensualités de 500 €. Au terme, vous aurez récupéré 10 000 € : pas un euro de plus. Le même prêt à la consommation souscrit en banque coûterait à l'emprunteur des intérêts en plus du capital — c'est tout l'écart entre les deux logiques : ici, le « rendement » du prêteur est nul par construction.
Analogie finance classique : le prêt familial sans intérêt, parfaitement licite en droit français. Précautions usuelles : une reconnaissance de dette écrite, et la vérification des obligations déclaratives fiscales au-delà d'un certain montant prêté (voir la FAQ).
Pourquoi aucune banque ne le propose (et ce qui existe quand même)
Par définition, un prêt qui ne rapporte rien ne peut pas être un produit commercial : une banque qui ne vivrait que de qard hassan n'aurait pas de modèle économique. Le contrat vit donc ailleurs — dans les prêts familiaux et amicaux, et dans des initiatives solidaires ou associatives. Côté bancaire français, les comptes dits « halal » (Laymoon, Musc Pay, gamme Chaabi Harmonis) sont des comptes sans crédit ni découvert : ils n'offrent pas de qard hassan, ils évitent simplement de vous faire payer ou percevoir des intérêts. Le paysage complet est décrit sur notre page banque islamique en France.
Questions fréquentes
Le prêteur peut-il facturer des frais sur un qard hassan ?
Selon la présentation couramment rapportée, seuls les frais administratifs réels engagés pour le prêt (frais de dossier effectifs, par exemple) sont admis — jamais un pourcentage du montant prêté ni une somme croissant avec la durée, qui constitueraient un surplus assimilé au riba. La frontière exacte fait l'objet de discussions entre savants ; nous la rapportons sans trancher.
Le prêteur doit-il payer la zakat sur la somme prêtée ?
La position couramment rapportée distingue selon la qualité de la créance : si le remboursement est attendu et probable (emprunteur solvable qui reconnaît sa dette), le prêteur intègre généralement la créance dans son patrimoine zakatable chaque année ; si la créance est compromise, des positions divergentes existent (zakat seulement à la récupération, pour une ou plusieurs années selon les écoles). Notre calculateur de zakat comporte une ligne « créances » pour ce cas — et, en cas de doute, demandez à un savant qualifié.
Peut-on indexer le remboursement sur l'inflation ?
Le principe classique du qard est le remboursement du montant nominal : 10 000 € prêtés, 10 000 € rendus, même si les prix ont monté entre-temps. L'indexation sur l'inflation est débattue chez les savants contemporains : la position majoritaire rapportée la refuse (le surplus stipulé reste un surplus), des avis minoritaires l'admettent dans certaines conditions. Nous présentons le débat sans le trancher.
Un crédit gratuit commercial (paiement en 3 fois sans frais) est-il un qard hassan ?
Pas vraiment. Le qard hassan est un acte d'entraide consenti sans contrepartie ; un paiement fractionné « sans frais » est un argument commercial dont le coût est intégré ailleurs (prix, frais en cas d'incident). L'analyse religieuse de ces facilités de paiement dépend des clauses concrètes — notamment des pénalités de retard, qui sont des intérêts. À faire examiner contrat en main.
Comment sécuriser un prêt entre particuliers en France ?
Le droit français permet parfaitement un prêt sans intérêt entre particuliers. Les précautions usuelles : écrire une reconnaissance de dette (montant en chiffres et en lettres, échéancier, signatures), et vérifier les obligations déclaratives auprès de l'administration fiscale — les prêts entre particuliers doivent être déclarés au-delà d'un certain montant, même sans intérêts. L'écrit n'est pas une défiance : c'est aussi ce que recommande la tradition (le plus long verset du Coran, 2:282, porte précisément sur la mise par écrit des dettes).
Compte courant, carte, IBAN sans intérêts : l'état réel de l'offre sur banque islamique en France.
Vous avez prêté de l'argent ? La créance compte dans votre zakat : le calculateur de zakat (ligne « créances » incluse).
Sources de cette page
- Coran, versets 2:245 (le « beau prêt ») et 2:282 (mise par écrit des dettes) — références textuelles rapportées, sans interprétation de notre part
- https://www.lafinancepourtous.com/decryptages/finance-et-societe/nouvelles-economies/finance-islamique/la-finance-islamique-en-pratique/ — La finance pour tous, « La finance islamique en pratique » (cadre général des contrats), consulté le 11 juin 2026
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